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Brugal 1888 : notre avis sur ce rhum dominicain au double vieillissement

Par Olivia

Brugal 1888 : notre avis sur ce rhum dominicain au double vieillissement

Le Brugal 1888 traîne une réputation à part : celle du rhum dominicain « sec », loin des cuvées sirupeuses qu'on associe souvent aux rons hispaniques. Notre avis tient en une ligne : un rhum boisé, peu sucré, vendu entre 45 et 50 € chez les cavistes français, dont le chêne peut prendre le dessus. Âge, sucre, fûts, prix : le détail, chiffres à l'appui.

De Sitges à Puerto Plata : une maison née en 1888

Commençons par lever un malentendu : 1888 est une date de naissance, et sûrement pas un compte d'âge. Cette année-là, Andrés Brugal Montaner, un Catalan de Sitges qui a appris le métier à Santiago de Cuba, fonde Brugal & Co. en République dominicaine. La maison a ses quartiers à Puerto Plata, sur la côte nord. D'après la fiche Wikipédia de la marque, elle y embouteille toujours ses rhums, tandis que la distillation se fait à San Pedro de Macorís, dans le sud-est du pays.

Deux étapes ont changé son visage. En février 2008, le groupe écossais Edrington, propriétaire du whisky The Macallan, rachète un peu plus de 61 % du capital. Puis arrive le 1888, lancé en 2010 et présenté au marché américain l'année suivante, comme le racontait alors Cigar Aficionado. La famille n'a pas quitté les chais pour autant : parmi les maestros roneros de la maison figure Jassil Villanueva Quintana, arrière-arrière-petite-fille du fondateur et première femme à porter ce titre chez Brugal. Pour situer la marque face à Barceló et Bermúdez, notre guide du rhum de la République dominicaine fait le tour de l'île.

Une double maturation, mais pas de compte d'âge

Le 1888 est un rhum de mélasse, distillé en colonne. Brugal pousse la distillation très haut, jusqu'à 94,6 % vol. à la sortie de la seconde colonne. Il en sort un distillat léger, discret, qui laisse beaucoup de place au bois. Si ces questions de colonnes et d'alambics vous échappent, notre article sur la distillation du rhum remet les choses à plat.

Le bois, justement. Le rhum passe d'abord jusqu'à 8 ans en fûts de chêne américain ex-bourbon, puis il est transféré en fûts de chêne européen ayant contenu du xérès Oloroso, que plusieurs fiches de distributeurs décrivent comme des fûts de premier remplissage. Au lancement, ces fûts de xérès avaient été choisis par George Espie, alors maître du bois de The Macallan. On reconnaît la méthode des single malts écossais. Pour mesurer ce qu'un tel passage change dans le verre, voyez notre comparatif sur les finitions en fût de sherry, porto ou cognac.

Un point mérite d'être dit clairement : l'étiquette ne porte aucun âge. En 2011, Brugal décrivait un assemblage de rhums de 5 à 14 ans. Depuis, les fiches des revendeurs ne s'accordent pas sur la durée du passage en xérès : 2 à 4 ans ici, 2 à 6 ans là, « jusqu'à 6 ans » ailleurs. Certains sites vont jusqu'à l'afficher comme un « 14 ans ». Or ces 14 ans sont la borne haute de l'assemblage annoncé en 2011, et ne garantissent rien sur la bouteille que vous achetez aujourd'hui. Notre article sur ce que les âges du rhum veulent vraiment dire explique pourquoi la nuance compte.

Sec ou sucré ? Les chiffres

La réputation de « dominicain sec » tient-elle ? En bonne partie, oui. Deux monopoles nordiques publient la teneur en sucre des spiritueux qu'ils vendent. Le suédois Systembolaget indique 0,4 g pour 100 ml pour le Brugal 1888, soit environ 4 g/L. Le norvégien Vinmonopolet affiche de son côté 12 g/L. L'origine de cet écart n'est pas documentée. Aucun de ces chiffres ne dit non plus si du sucre a été ajouté, et nous n'écrirons donc pas « sans sucre ajouté ».

Dans les deux cas, on reste sous les 20 g/L, le plafond d'édulcoration que le règlement européen fixe pour qu'une bouteille puisse s'appeler « rhum ». Face à son voisin le Ron Barceló Imperial, mesuré entre 9 et 16 g/L environ, les valeurs se chevauchent : impossible de classer les deux bouteilles à coup sûr. On est en revanche très loin des rhums les plus sucrés du rayon. Le 1888 n'a rien d'austère pour autant : le xérès Oloroso et le chêne donnent une impression de rondeur que l'on prend facilement pour du sucre.

CritèreBrugal 1888 Doblemente Añejado
TypeRhum de mélasse, style hispanique léger
OrigineRépublique dominicaine (Brugal & Co, groupe Edrington)
DistillationColonne, distillat très léger
ÉlevageJusqu'à 8 ans en ex-bourbon, puis fûts de xérès Oloroso
Âge affichéAucun (assemblage de 5 à 14 ans annoncé en 2011)
Degré40 % vol.
Sucre~4 g/L selon Systembolaget, 12 g/L selon Vinmonopolet
Profil décritBoisé et épicé : vanille, fruits secs, toffee, cacao, chêne
Prix constaté45 à 50 € les 70 cl chez les cavistes français (octobre 2026)
Notre note14/20

Ce que le verre promet

Précision de méthode : ce portrait croise la fiche de la maison, celles des cavistes et les avis publiés par les dégustateurs. La marque annonce de la vanille, des fruits rouges et du toffee, mêlés de cacao et d'épices de chêne. Les cavistes ajoutent une robe ambre profond, des fruits secs, du chocolat noir et des noix grillées. À sa sortie, Cigar Aficionado relevait caramel, nougat, cannelle, gingembre, café et chocolat. Trois sources, un même tableau : le bois et le xérès mènent la danse.

Les amateurs confirment sans s'emballer. Sur l'application RumX, le 1888 est le Brugal le plus évalué : 7,1/10 pour 319 avis au 1er octobre 2026. La communauté y résume un rhum de xérès et de chêne, légèrement doux. Une bonne note, pas un plébiscite.

Le Brugal 1888 se lit comme un single malt : on y parle d'abord de fûts.

Face au Ron Zacapa 23, plus rond et plus doux, il paraîtra presque strict. Face à l'Appleton Estate 12 ans, assemblage où entre du rhum d'alambic, il n'a pas le fruit exubérant de la Jamaïque. Le 1888 se tient entre les deux : un rhum hispanique léger, au profil surtout boisé.

Pour qui, et comment le boire ?

C'est une piste sérieuse pour les amateurs de whisky qui veulent découvrir le rhum : ils y retrouveront les repères du xérès et du chêne. Il conviendra aussi à ceux qui ont trouvé les rhums hispaniques trop sucrés et cherchent la même accessibilité, la douceur en moins. Servez-le pur, à température ambiante, dans un verre de dégustation à col resserré, et laissez-le respirer. Un glaçon arrondit le boisé si vous le trouvez trop marqué. Son profil peu sucré se prête aussi à un Old Fashioned au rhum.

En revanche, si vous cherchez un rhum rond et gourmand pour la fin du repas, un Barceló ou un Zacapa vous plairont davantage. Et si vous voulez du fruit et du caractère, regardez plutôt vers la Jamaïque ou le Guyana.

Notre verdict

Sur le papier comme dans les avis, le Brugal 1888 est un rhum bien construit. Sa réputation de dominicain sec est globalement méritée, et sa double maturation bourbon puis Oloroso lui donne un profil de dégustation net. Restent des réserves. L'absence de compte d'âge laisse une part de flou, et les deux chiffres de sucre publiés ne concordent pas. Le chêne domine. Et à 45-50 €, il coûte 15 à 20 € de plus que le Barceló Imperial, vendu autour de 30 € : son intérêt dépend surtout de votre goût pour le boisé. Notre note, 14/20, synthétise ces éléments documentés (transparence, sucre, élevage, prix) et non une dégustation à l'aveugle. Vous retrouverez la bouteille sur sa fiche produit. À déguster, comme toujours, avec modération.

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