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Ron Barceló Imperial : notre avis sur ce rhum dominicain

Par Olivia

Ron Barceló Imperial : notre avis sur ce rhum dominicain

Sa bouteille trapue couleur d'ambre, vous l'avez forcément croisée : dans presque tous les rayons spiritueux de France, le Ron Barceló Imperial est le visage du rhum dominicain. Réputé souple et facile à boire, il se paie autour de 30 € et promet un « premium » accessible à toutes les tables. Reste la question que finit toujours par se poser tout amateur honnête : vrai rhum vieux de caractère, ou assemblage habilement adouci pour plaire au plus grand nombre ? On a débouché la bouteille pour vous répondre sans détour.

De Majorque à Saint-Domingue, l'histoire d'une maison

Tout commence loin des Caraïbes. Le 10 janvier 1929, un jeune Majorquin, Julián Barceló, quitte Felanitx pour Saint-Domingue avec une ambition tenace, revendiquée aujourd'hui encore par la maison : produire un grand rhum dominicain. Il fonde Barceló & Co en 1930, puis sillonne le pays dans une vieille camionnette pour écouler ses premiers rhums. La maison grandit, traverse les décennies, et finit par compter parmi les piliers de l'économie dominicaine.

En 1974, c'est son neveu Miguel Barceló qui reprend les rênes. Six ans plus tard, en 1980, il lance le Ron Barceló Imperial, la cuvée premium appelée à devenir l'emblème de la marque. Aujourd'hui, Barceló pèse parmi les plus grosses maisons de rhum des Caraïbes, avec un poids tout particulier sur le marché espagnol, et distille son alcool de canne à Quisqueya, dans sa distillerie Alcoholes Finos Dominicanos (AFD). Envie de la situer face à ses rivales locales ? Notre guide du rhum de la République dominicaine passe en revue Brugal, Barceló et Bermúdez.

Un « 10 ans » qui n'en est pas tout à fait un

Premier point à éclaircir, et il est de taille. Selon les cavistes, on croise l'Imperial étiqueté « 10 ans » ici, « hors d'âge » là. Pourtant, sur la bouteille elle-même, aucun compte d'âge réglementaire n'est inscrit. C'est un assemblage (un blend) de rhums de mélasse vieillis en fûts de chêne blanc américain ayant contenu du bourbon. La maison évoque des rhums allant « jusqu'à 10 ans » ; d'autres fiches, elles, parlent plutôt de quatre à sept ans.

La nuance compte. « Jusqu'à 10 ans » désigne le composant le plus vieux de l'assemblage, pas l'âge de ce que vous versez dans le verre. Un vrai compte d'âge, lui, correspondrait au rhum le plus jeune du mélange, forcément bien plus bas. Bref, un assemblage soigné, à ne surtout pas lire comme un dix-ans d'âge garanti.

On est ici sur un rhum de mélasse distillé en colonne, dans la grande tradition hispanique : rien à voir avec un agricole de pur jus de canne. Si ce vocabulaire vous échappe, on démêle tout ça dans notre article sur le rhum de mélasse. Un dernier repère, utile celui-là : la DO « Ron Dominicano », qui encadre le rhum du pays, n'impose qu'un vieillissement minimum de douze mois en fût. La mention « ron dominicano » garantit donc l'origine, pas un grand âge.

La question qui fâche : le sucre

Venons-en franchement au sujet qui agite les amateurs. Barceló, lui, ne s'en cache pas : l'étiquette elle-même mentionne noir sur blanc, parmi les ingrédients, du « sucre » et du « caramel colorant (E-150a) », à côté du distillat de canne vieilli. La fiche nutritionnelle affiche autour de 0,9 g de sucre pour 100 ml, soit environ 9 g/L. Les mesures indépendantes des monopoles scandinaves et de tests indépendants recoupent cet ordre de grandeur, entre 9 et 16 g/L selon les versions et les lots (certaines déclinaisons, comme l'Imperial « Porto Cask », grimpent bien plus haut).

Faut-il crier au scandale ? Non, et voici pourquoi. Ce dosage reste sous le plafond européen de 20 g/L, et la maison n'ajoute pas d'arôme. L'Imperial a donc parfaitement droit à l'appellation « rhum », contrairement au Bumbu, au Kraken ou au Don Papa, qui basculent, eux, dans la catégorie « boisson spiritueuse ». Vous tenez un vrai rhum, simplement légèrement adouci à la mode hispanique. Deux conséquences à garder en tête. D'abord, sa robe foncée doit un peu au caramel colorant, pas seulement au fût (on vous explique ce que la couleur dit vraiment). Ensuite, cette pointe de sucre explique en partie sa rondeur si conviviale. Rien de malhonnête là-dedans, à condition de le savoir : c'est exactement le genre de détail qu'on apprend à repérer sur une étiquette.

CritèreRon Barceló Imperial
TypeRhum de mélasse traditionnel (assemblage, style hispanique)
OrigineRépublique dominicaine (distillerie AFD, Quisqueya)
ÉlevageFûts de chêne blanc américain ex-bourbon, sans compte d'âge (« jusqu'à 10 ans »)
Degré38 % vol. (marché français)
Sucre ajoutéOui, déclaré (~9 à 16 g/L) + caramel colorant E-150a
ProfilDoux et rond : vanille, caramel, fruits mûrs, épices douces
Prix indicatif~ 25 à 34 € les 70 cl
Notre note13/20

À la dégustation : notre avis sincère

Dans le verre, l'Imperial affiche une belle robe ambre cuivré, bien soutenue. Le nez est gourmand, immédiat : vanille, caramel au beurre, fruits mûrs façon banane et ananas confit, une touche de raisin et de figue, puis l'amande grillée et le bois. C'est engageant, presque pâtissier.

En bouche, l'attaque est souple et nettement douce : sucre brun, vanille, une pointe de cannelle, le tout sur un boisé bien fondu. À 38 %, l'alcool se fait discret, sans la moindre agressivité, et c'est tout l'objectif. La finale est moyenne, chaleureuse, un peu sèche sur le bois. On le range volontiers aux côtés du Zacapa 23 ou du Diplomático Reserva Exclusiva, ces rhums hispaniques doux et ronds faits pour être sirotés. Le Barceló y est un cran plus rustique, mais aussi sensiblement moins cher.

Le Barceló Imperial ne cherche pas à impressionner le puriste : il veut plaire à la table entière. Servi frais, sur glace ou en base de cocktail, il fait ce travail-là avec le sourire.

Comment le boire ? Sur un ou deux glaçons, il fait une excellente porte d'entrée pour qui débute, comme on le suggère dans notre guide du débutant et notre article pour bien boire un rhum ambré. Sa douceur en fait aussi une base fiable pour un rhum-coca un peu plus relevé qu'avec un blanc. À l'inverse, l'amateur de vieux rhums secs et boisés le trouvera un brin simple et sucré. Ce n'est pas une bouteille de méditation, et elle ne prétend pas l'être.

Barceló ou Brugal, quel dominicain choisir ?

Si cette douceur vous rebute, l'autre géant de l'île joue exactement la carte inverse. Brugal cultive une sécheresse de signature. Son Brugal 1888 (Gran Reserva Familiar) affiche généralement moins de 5 g/L de sucre et double sa maturation : d'abord en fûts ex-bourbon, puis en fûts de xérès Oloroso triés, selon la maison, par le maître du bois de Macallan (la maison appartient au groupe Edrington). Plus sec, plus boisé, plus cher aussi, autour de 40 € : voilà le choix du dégustateur exigeant. Le Barceló, lui, reste celui du partage et de la rondeur. Deux philosophies dominicaines, à départager selon votre palais, et notre guide du rhum dominicain détaille les deux familles.

Notre verdict

À une trentaine d'euros, le Ron Barceló Imperial est un dominicain honnête et fédérateur : un vrai rhum, pas un imitateur sucré déguisé, mais un rhum de plaisir plus que de collection. On aurait aimé un peu plus de transparence sur l'âge, et un cheveu moins de sucre. En échange, on retient un très bon rapport plaisir-prix pour l'apéritif, la table et les cocktails du dimanche. Notre note : 13/20. À déguster tranquillement, et toujours avec modération.

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