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Le Kraken : notre avis sur le rhum épicé le plus culte

Par Olivia

Le Kraken : notre avis sur le rhum épicé le plus culte

Vous l'avez forcément croisée : la bouteille noire à deux anses, coiffée d'un calmar géant, qui trône sur les tables de soirée et cartonne sur les réseaux. Le Kraken est devenu le rhum épicé qu'on repère à dix mètres, autant pour son look de flacon de pirate que pour son goût. Mais derrière la mise en scène, qu'y a-t-il vraiment dans le verre ? On l'a repris à froid, contre-étiquette en main, pour répondre en toute indépendance : à une trentaine d'euros, faut-il craquer pour le Kraken, et surtout pour quoi l'utiliser ?

Un rhum des Caraïbes, mais lequel ?

Commençons par la matière première. Le Kraken est bâti sur un assemblage de rhums de mélasse des Caraïbes : on part du sirop épais issu du raffinage du sucre, puis on distille en colonne, à la différence d'un agricole issu du pur jus de canne fraîche. Si cette distinction vous échappe encore, notre guide rhum agricole ou traditionnel remet les idées en place, et celui sur le rhum de mélasse détaille cette base.

La marque reste discrète sur son origine exacte et se contente d'un « Caribbean black spiced rum ». Les spécialistes s'accordent toutefois pour attribuer le distillat à la distillerie Angostura, à Trinité, le plus gros producteur de l'île, dont nous racontons l'histoire dans notre guide du rhum de Trinité. Le rhum de base serait élevé un à deux ans en fûts de chêne, sans qu'aucun compte d'âge ne figure officiellement sur la bouteille. Une chose à garder en tête : sa couleur presque noire ne vient pas des années de fût. Elle vient d'un généreux ajout de caramel colorant. Nous y reviendrons.

40 %, 47 % : quelle bouteille avez-vous en main ?

Voici un point qui sème la confusion en rayon, et qu'il vaut mieux clarifier avant l'achat. Le Kraken existe sous plusieurs degrés selon les marchés. La référence standard vendue en Europe titre 40 % vol. C'est celle que vous trouverez le plus souvent chez les cavistes et en grande distribution française.

Mais une seconde version, à 47 % vol., circule aussi en France, où elle est présentée comme une exclusivité au profil plus intense (c'est l'équivalent du « 94 proof » commercialisé aux États-Unis). Rien de compliqué : regardez le degré affiché sur l'étiquette avant de passer en caisse, car l'écart de puissance se sent nettement, pur comme en cocktail. La gamme s'est par ailleurs étoffée d'éditions aromatisées (café torréfié, cerise noire et vanille…) et de flacons collector qui, eux, ne changent rien à la recette du Black Spiced.

« Boisson spiritueuse », pas tout à fait « rhum »

C'est le détail que l'étiquette ne crie pas sur les toits, et il est parfaitement factuel. D'après les relevés des monopoles nordiques et l'étiquetage nutritionnel, le Kraken contient environ 25 g/L de sucre, du caramel E150d et des arômes ajoutés. Or le règlement (UE) 2019/787 réserve l'appellation « rhum » aux spiritueux non aromatisés plafonnés à 20 g/L de sucre, la seule addition tolérée étant le caramel pour ajuster la couleur.

Avec ses arômes et ses 25 g/L, le Kraken sort donc du cadre : sa dénomination légale est celle d'une boisson spiritueuse, que les cavistes rigoureux présentent en « boisson spiritueuse à base de rhum ». Le « spiced rum » affiché fièrement reste une appellation commerciale, pas une catégorie officielle. Le cas rappelle celui, plus célèbre encore, de Don Papa et de sa reclassification, et plus largement tout ce que nous expliquons sur le sucre ajouté dans le rhum.

Soyons justes, cependant : à 25 g/L, le Kraken se montre bien plus mesuré que certains rhums-desserts de sa catégorie. Pour comparaison, le Bumbu Original, star d'Instagram, en affiche plus du double. Le Kraken assume un rôle d'épicé pour cocktails, pas de faux rhum de dégustation vendu au prix fort, et ce parti pris joue en sa faveur.

CritèreThe Kraken Black Spiced
TypeBoisson spiritueuse aromatisée à base de rhum (« spiced rum »)
Origine du rhumAssemblage caraïbe, distillat généralement attribué à Angostura (Trinité)
Degré40 % vol. (standard Europe) ; version 47 % aussi vendue en France
Élevage1 à 2 ans en fût, sans compte d'âge officiel
Sucre ajoutéEnviron 25 g/L, plus caramel colorant et arômes
ÉpicesMélange secret (annoncé historiquement autour de 11, parfois 13 selon les supports), cannelle, gingembre, girofle en tête
Prix indicatif~ 30 à 33 € les 70 cl

À la dégustation : notre avis sincère

Dans le verre, la robe est spectaculaire, presque noire. Là encore, c'est le caramel qui parle, pas les années de fût. Le nez est gourmand et sans détour : caramel, toffee et mélasse d'abord, puis un joli sillage de café et de vanille, avec cette pointe de cola qui revient chez la plupart des dégustateurs. Les épices se tiennent en retrait, plus suggérées que franches.

En bouche, l'attaque est sucrée et souple, portée par la cannelle, la vanille et la noix de muscade, sur un fond de pain d'épices et de chocolat noir. La finale, épicée et un brin poivrée, tient sur une belle longueur. Il faut le dire clairement : une partie de ce profil vient des arômes et du caramel, pas seulement du distillat ou du bois. Résultat, c'est facile à boire, immédiatement plaisant, mais on est loin de la complexité d'un vieux à faire tourner longuement. Jugé comme un rhum de méditation, le Kraken déçoit ; jugé pour ce qu'il est, un épicé démonstratif, il fait le travail.

Le Kraken ne cherche pas à imiter un rhum vieux et ne s'en cache pas. C'est un épicé de caractère, taillé pour la mise en scène et le mélange. À ce jeu-là, peu de bouteilles sont aussi reconnaissables.

Comment le boire ?

C'est en long drink que le Kraken donne sa pleine mesure. Sa puissance aromatique traverse sans peine les mélanges, là où un rhum plus fin se ferait avaler tout cru. Le grand classique reste le Kraken & cola, relevé d'un trait de citron vert, dont on parle dans notre guide rhum-coca, blanc ou brun. Le duo avec la ginger beer fonctionne tout aussi bien : c'est d'ailleurs la base du « Perfect Storm » que la marque met en avant, à savoir Kraken, citron vert et ginger beer, sur beaucoup de glace.

Un mot d'honnêteté au passage : le fameux Dark 'n' Stormy que l'on croit voir partout est une marque déposée de la maison Gosling's, réservée à son propre rhum. Ce que vous préparez avec du Kraken est donc, en toute rigueur, une variation rhum–ginger beer, aussi bonne soit-elle. En revanche, oubliez le Kraken pur pour la dégustation analytique ou dans un ti-punch, où sa douceur et ses arômes brouillent tout : ce n'est pas son terrain. Pour explorer des mélanges pas à pas, notre guide du débutant vous donnera de bons repères.

Faut-il l'acheter ? Notre verdict

Posons les choses. Si vous cherchez un rhum à savourer sec, pour le plaisir de l'analyse, passez votre chemin et regardez plutôt du côté d'un El Dorado 12 ans ou d'un Appleton 12 ans. Mais si vous voulez une bouteille festive, polyvalente et à l'aise en cocktail, vendue autour de 30 à 33 €, le Kraken tient ses promesses. Il est plus mesuré en sucre que bien des concurrents tape-à-l'œil, et son look fait toujours son petit effet quand on sort la bouteille.

Notre note : 13/20. Au sens strict, ce n'est pas un rhum, et sûrement pas un rhum de dégustation ; n'attendez de lui que ce qu'il promet. Mais comme épicé à cocktails, franc du collier et honnête sur son prix, il mérite sa place au bar. Comme toujours, l'abus d'alcool est dangereux pour la santé : à savourer avec modération.

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