Avis & Tests
Rhum Damoiseau : notre avis sur la gamme guadeloupéenne (blancs, VSOP, XO, prix)
Par Olivia
Damoiseau est la distillerie du Moule, en Grande-Terre, et sa gamme va bien au-delà du blanc 50°. Parmi les références présentées ici : trois blancs classiques, deux ambrés, des rhums vieux de 3 à 15 ans, deux assemblages et un overproof à 69°. Voici ce que contient chaque bouteille selon la distillerie, ce qu'elle coûte chez un caviste, et à quel usage la maison la destine.
Une précision de méthode : nous n'avons pas dégusté ces rhums pour cet article. C'est une synthèse documentaire, construite à partir des fiches de la distillerie, de ses pages « histoire » et « savoir-faire », d'un caviste spécialisé et de l'encyclopédie. Les descriptions aromatiques sont celles de la maison et présentées comme telles. Nous ne donnons donc pas de note.
Les principales références Damoiseau en un tableau
Les durées et contenants viennent des fiches officielles. Les prix ont été relevés chez Rhum Attitude le 18 octobre 2026 et peuvent évoluer ; la FAQ de la distillerie explique les écarts de prix entre la métropole et les Antilles par une fiscalité privilégiée outre-mer. « ESB » désigne un rhum élevé sous bois.
| Référence | Degré | Passage sous bois (fiche officielle) | Prix relevé (18/10/2026) |
|---|---|---|---|
| Blanc 40° | 40 % | 1 à 2 mois en foudre de chêne | 99,90 € le cubi de 5 L (≈ 20 €/L) |
| Blanc 50° | 50 % | 3 à 4 mois en foudre | 26,90 € le litre |
| Blanc 55° | 55 % | 2 à 6 mois en foudre | 31,90 € le litre |
| Ambré 40° | 40 % | 6 mois minimum en foudres de 10 000 à 36 000 L | non relevé |
| ESB (fiche officielle) | 40 % | 12 mois minimum en foudres | non relevé |
| ESB Dark Woody (référence du caviste) | 42 % | non précisé dans nos sources | 29,90 € (70 cl, ≈ 43 €/L) |
| VO | 42 % | 3 ans minimum en fûts ex-bourbon de 180 à 200 L | non relevé |
| VSOP | 42 % | 4 ans minimum en fûts de 180 L | 42,90 € (70 cl, ≈ 61 €/L) |
| XO | 42 % | 6 ans minimum en fûts de 180 L | 63,90 € (70 cl, ≈ 91 €/L) |
| Concordia | 40 % | 4 ans minimum, assemblage 60 % agricole / 40 % traditionnel | 36,90 € en promotion au lieu de 39,90 € (70 cl, ≈ 53 €/L) |
| Statera | 40 % | 5 à 6 ans, même assemblage 60/40 | non relevé |
| 15 ans | 42 % | 15 ans en fûts ex-bourbon de 180 L, mise en fût en 2007 | 97,90 € (50 cl, ≈ 196 €/L) |
| L'Expérience 69 | 69 % | overproof, pas de vieillissement indiqué | 49,90 € (50 cl, ≈ 100 €/L) |
Même les blancs passent quelques mois en foudre, ces très grandes cuves de bois où, comme l'écrit la distillerie elle-même, on parle plutôt de « repos et de bonification » que de vieillissement. Et ne confondez pas les deux ESB : la fiche officielle et la référence vendue par le caviste n'affichent pas le même degré.
Damoiseau en bref : la seule distillerie de Grande-Terre
La distillerie est installée sur l'habitation Bellevue, au Moule, côté Grande-Terre. Selon l'histoire publiée par la maison, Roger Damoiseau rachète en 1942 ce domaine alors à l'abandon, en s'endettant lourdement. On y fait d'abord des bonbons et des confitures avant que le rhum ne devienne l'activité principale. Son fils Roger reprend en 1968, puis Hervé Damoiseau devient président en 1995, tandis que son frère Jean-Luc, maître distillateur depuis 1978, tient la production.
La maison se présente comme « l'unique distillerie de la Grande-Terre », et elle insiste sur son terroir : un sol calcaire et un climat sec : Rhum Attitude l'oppose au terroir volcanique, plus humide, de la Basse-Terre. D'après l'historique rédigé par le caviste Rhum Attitude, la distillerie a commencé à embouteiller sous sa propre marque en 1953, après des années de vente en vrac.
Sur son poids dans le marché, les chiffres disponibles mesurent des choses différentes et ne citent pas de source primaire. Wikipédia en français parle de « plus de 50 % des parts du marché guadeloupéen », sans date ; la version anglaise, d'une production de plus de 8 millions de litres par an ; Rhum Attitude écrit qu'au moment des 75 ans de la distillerie, en 2017, la production « devrait » passer à 6 millions de litres par an. Une part de marché, une prévision et un volume annuel ne se comparent pas : nous n'en retenons aucun comme chiffre établi.
Comment Damoiseau fait son rhum
Les blancs, les ambrés, le VO, le VSOP, le XO et le 15 ans sont présentés par la maison comme des rhums agricoles, distillés à partir de pur jus de canne (le vesou). La FAQ de la distillerie rappelle que l'indication géographique de la Guadeloupe couvre deux types de rhum : le « traditionnel agricole », issu du jus de canne, et le « traditionnel de sucrerie », issu des mélasses de la production sucrière locale. Le reste du paysage de l'île est dans notre guide du rhum de la Guadeloupe.
Voici les étapes décrites sur la page savoir-faire de la distillerie :
- Récolte de fin janvier à juillet selon la maturité, canne coupée en tronçons de 50 cm, défibrée par deux shredders puis broyée dans une batterie de quatre moulins.
- Fermentation surtout par « fond de cuve » (le fond d'une cuve ensemence la suivante), pendant 24 à 36 heures, jusqu'à un vin d'environ 5 % d'alcool.
- Distillation en colonne, avec une distillation double-effet. La maison vise un rhum entre 80 et 88 % à la sortie. Sa page « histoire » nomme les trois colonnes : Speichim et Roger (bas et haut de la première), Iméca et Honoré.
- Réduction lente à l'eau osmosée en cuve inox, puis repos d'environ 90 jours avant embouteillage pour les blancs.
Rhum Attitude rapporte aussi que les anciennes colonnes créoles ont été remplacées par des colonnes modifiées « pour obtenir un rhum plus pur, plus léger, avec un meilleur rendement ». C'est un récit historique de l'outil, pas une mesure : il ne dit pas, à lui seul, à quoi ressemble chaque bouteille.
Les blancs : 40°, 50° ou 55° ?
Les blancs sont le cœur de la marque. Les trois fiches donnent la même bouche (« fine note sucrée de canne à sucre, saveur florale et épicée ») et la même texture, « souple ». Ce qui change : le degré, la durée en foudre, les formats et les cocktails que la maison suggère.
- Le 50° existe dans la plus large série de formats, du flacon de 35 cl au cubi de 4,5 L. Sa fiche annonce un nez de « canne bien pleine et ronde », de fruits exotiques et « une pincée de poivre », et lui associe le ti-punch et le Gwada Mule. Pour le choix du blanc en ti-punch plus largement, voir quel rhum pour un ti-punch.
- Le 55° passe 2 à 6 mois en foudre ; sa fiche décrit un nez dominé par « l'odeur typique de la canne à sucre » et suggère les mêmes cocktails que le 50°. À volume servi égal, il apporte 10 % d'alcool de plus que le 50°.
- Le 40° a le degré le plus bas des trois et le passage en foudre le plus court (1 à 2 mois). La maison l'associe au Mojito Kreyol et au planteur.
Pour le rhum arrangé, le blanc 50° existe en litre et en cubi : chez Rhum Attitude, le cubi de 4,5 L à 109 € revient à environ 24 € le litre, contre 26,90 € pour la bouteille d'un litre. Notre sélection des meilleurs rhums pour un arrangé compare d'autres options, et notre fiche du Damoiseau blanc 50° en 1 litre détaille ce format.
Les rhums vieux : VO, VSOP, XO
Les mentions suivent la règle classique des agricoles, rappelée par la distillerie : VO à partir de 3 ans, VSOP à partir de 4 ans, XO à partir de 6 ans. Si ces sigles vous embrouillent, notre article sur l'âge du rhum les décrypte.
- VSOP : la fiche annonce des fruits grillés, des agrumes et des épices, une bouche « vive, équilibrée, épicée, délicatement mentholée », texture ronde. À 42,90 € les 70 cl, il coûte 21 € de moins que le XO.
- XO : vanille, banane, caramel et cacao au nez selon la maison, attaque « tout en rondeur » et « arômes pâtissiers ». Son vieillissement minimal annoncé est de six ans, contre quatre pour le VSOP.
Pour comparer avec deux agricoles de Martinique déjà passés en revue ici, voyez nos avis sur le Clément VSOP et sur Trois Rivières.
Concordia et Statera : les assemblages à part
Selon leurs fiches, elles assemblent 60 % de rhum agricole Damoiseau et 40 % de « rhums traditionnels de la Guadeloupe », sans préciser davantage l'origine de cette seconde part. Concordia a vieilli au moins 4 ans, Statera entre 5 et 6 ans, toutes deux en petits fûts américains, à 40 %. La maison y voit la réunion de deux « philosophies » historiques de l'île. À notre avis, ce sont ces deux références à regarder si vous connaissez déjà les agricoles et voulez découvrir un autre équilibre, sachant que nous n'avons pas pu vérifier la matière première exacte des 40 % restants.
Ce que nous n'avons pas pu vérifier
- Le sucre. Nous n'avons trouvé aucune mesure (hydromètre, monopole nordique) pour les rhums vieux Damoiseau dans les sources consultées, et les fiches n'en disent rien. Notre guide sur le sucre ajouté dans le rhum explique comment repérer les signaux.
- Les volumes de production et les parts de marché, pour les raisons données plus haut.
- Le type de fût exact du VSOP et du XO. Leurs fiches parlent de « petits fûts de chêne de 180 litres » sans préciser l'origine, alors que celles du VO et du 15 ans mentionnent explicitement l'ex-bourbon.
- La composition des 40 % « traditionnels » de Concordia et Statera.
Notre avis sur la gamme
Les fiches Damoiseau précisent les degrés et les durées de bonification ou de vieillissement, y compris pour les blancs, et plusieurs indiquent la contenance des fûts. Pour choisir, c'est utile. Le blanc 50° reste la référence la plus déclinée en formats et celle que la maison destine au ti-punch. Côté rhums vieux, le VSOP et le XO se départagent d'abord sur l'âge minimal et le prix, 42,90 € contre 63,90 €. Concordia et Statera, enfin, sont les seules références de cette sélection à assembler de l'agricole avec un autre rhum.
Un dernier mot sur les degrés : entre le blanc 40° et l'overproof à 69°, un verre de même taille contient 72,5 % d'alcool de plus avec le second. Quelle que soit la bouteille, dosez en conséquence et consommez avec modération.