Au creux d’une vallée humide, bordée par les rivières et coiffée par l’ombre majestueuse du Mont Pelée, la Distillerie Fonds-Préville respire comme une légende. Ici, la canne noble pousse sur des sols volcaniques, puisée par une eau de source pure — une alchimie de terroir qui transforme la sève en rhum comme on cultive un héritage. Depuis la poussière d’antan jusqu’aux fûts silencieux qui dorment dans les entrepôts, chaque gorgée raconte l’histoire d’une île, d’une famille et du soleil qui mûrit la canne.
Un héritage vieux de deux siècles
Les origines de Fonds-Préville remontent à la fin du XVIIIe siècle, quand Antoine Leroux-Préville implante une sucrerie dans cette vallée à la frange nord de la Martinique. En 1845, Jean‑Marie Martin transforme l’atelier en rhumerie et scelle son nom dans la bouteille : « J.M ». Les générations suivantes — notamment la famille Crassous de Médeuil — feront grandir le domaine, jusqu’à l’investissement et la modernisation opérés par le groupe G.B.H. au début des années 2000. Malgré les réaménagements, l’esprit demeure : un lieu où le passé et le présent vieillissent ensemble, comme un vieux millésime en fût de chêne.
Le terroir : volcanique, luxuriant, vivant
Fonds-Préville est ancrée dans un terroir volcanique. Les champs de canne, baignés d’une humidité tropicale, tirent leur force d’un sol riche et pierreux. L’eau, elle, arrive pure comme une promesse, puisée au cœur du bassin du Mont Pelée : minérale, légère, et essentielle à la fermentation. Cette combinaison — sol volcanique, climat humide, eau de source — confère au rhum une signature profondément ancrée dans son lieu d’origine.
La canne
On cultive une canne que l’on pourrait appeler, par respect, « canne noble » : tendre, aromatique, porteuse d’une sucrosité végétale qui donnera au rhum J.M sa personnalité. Les parcelles sont travaillées avec rotation et soin, dans une approche qui mêle tradition et responsabilité environnementale.
Savoir-faire : l’alchimie de la distillation
La distillerie unit les gestes anciens à des installations modernisées. Le vesou — le jus de canne — est recueilli puis fermenté avec des levures choisies, dans un ballet contrôlé d’aération et de temps. Onze cuves de fermentation, chacune d’une capacité de 23 000 litres, orchestrent la première étape de la transformation.
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Distillation et vieillissement : la distillation, fidèle à la tradition agricole, restitue les arômes de la canne fraîche. Le rhum est ensuite confié à des fûts où il se métamorphose : vanille, miel, notes fruitées et une rondeur enveloppante se dessinent au fil des ans.
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Coopérage : unique dans la région, Fonds-Préville dispose d’une propre tonnellerie. Les fûts sont réemployés et reconditionnés, un geste d’économie circulaire qui contribue à la finesse du vieillissement.
Les chais : mémoire et patience
On compte près de 10 000 fûts dans le parc global, même si la géographie montagneuse limite l’espace disponible au domaine et oblige à répartir les réserves. Sur le site lui-même, environ 750 fûts reposent et murissent, absorbant les parfums du bois et donnant au rhum sa texture veloutée et son équilibre.
Les cuvées et la palette aromatique
Si J.M est reconnu pour ses vieux rhums d’exception, l’éventail est plus large : blancs agricoles, rhums ambrés, et vieux millésimes qui racontent chaque année de récolte. Au nez comme en bouche, attendez-vous à une gamme sensorielle riche — sucre de canne frais, notes herbacées puis évolutions vers la vanille, les fruits confits, le miel et une douceur enveloppante, jamais âpre.
Notes de dégustation (générales)
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Visuel : or profond à ambre brûlé selon le vieillissement.
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Nez : canne fraîche, fleurs blanches, puis vanille, caramel et fruits cuits.
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Bouche : ronde, chaleureuse, avec une sucrosité élégante, miel et fruits confits en finale.
Engagements contemporains : durabilité et culture
Fonds-Préville ne vit pas seulement dans le passé : le domaine participe aujourd’hui à des projets de développement durable, favorisant la biodiversité et les pratiques agricoles responsables. Le projet EDDEN, mené localement, illustre une volonté d’équilibre entre production, respect de l’écosystème et économie circulaire.
Visiter Fonds-Préville
La distillerie ouvre ses portes aux visiteurs désireux de comprendre cette alchimie. Les sentiers mènent de la canne aux cuves, puis aux chais où le temps semble s’étirer. Les dégustations offrent l’occasion de sentir la mémoire du sol et de savoir comment l’île tout entière se glisse dans un verre.
Faits clés — aperçu rapide
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Élément |
Détail |
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Origine du domaine |
Fondé 1790 (sucrerie) — Distillerie établie 1845 (Jean‑Marie Martin) |
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Nom commercial |
Rhum J.M |
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Superficie |
Environ 400 ha (150 ha en culture) |
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Fermentation |
11 cuves × 23 000 L |
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Stocks de fûts |
~10 000 fûts au total (≈750 sur site) |
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Eau |
Eaux de source puisées au massif du Mont Pelée |
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Particularité |
Coopérage interne et vieillissements soignés |
Conclusion — l’esprit d’une vallée
La Distillerie Fonds-Préville est plus qu’un lieu de production : c’est une voix qui murmure l’histoire de la Martinique, le chant de la canne et la patience des fûts. Entre volcan et rivière, le domaine travaille comme un gardien du goût, offrant des rhums qui invitent au voyage — riches, envolés, et toujours empreints de ce caractère luxurieux et généreux qu’offre un terroir volcanique. Entrer à Fonds-Préville, c’est accepter une invitation : laisser le temps et la nature révéler l’âme du rhum.








