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Le rhum de La Réunion : IGP, distilleries et Grand Arôme de l'île intense

Par Olivia

Le rhum de La Réunion : IGP, distilleries et Grand Arôme de l'île intense

Loin des Antilles, dans l'océan Indien, une île volcanique distille du rhum depuis près de deux siècles. La Réunion n'a pas la notoriété de la Martinique, mais elle possède un caractère bien à elle : ici, le rhum est d'abord fils du sucre, il se décline en style « traditionnel » de mélasse comme en agricole, et il cache une spécialité recherchée des amateurs, le Grand Arôme. Voici comment comprendre, et bien choisir, un rhum réunionnais.

Sur la carte mondiale des rhums, La Réunion occupe une place discrète mais singulière. On y parle créole, on y cultive la canne sur des pentes basaltiques battues par les alizés, et l'on y perpétue un savoir-faire hérité de l'économie sucrière. Rien d'anecdotique pour autant : des rhums de caractère, parfois d'une intensité aromatique peu commune.

Une île de sucre avant d'être une île de rhum

La canne à sucre a façonné La Réunion. Introduite pour produire du sucre, elle a couvert les plaines côtières et fait tourner de grandes sucreries au XIXe siècle. Le rhum y est né comme il est né partout dans le monde de la canne : à partir de la mélasse, ce résidu sirupeux du raffinage du sucre. C'est une différence de fond avec la Martinique, où le rhum agricole, issu du pur jus de canne, domine. À La Réunion, le sucre est resté roi, et le rhum de mélasse, dit « de sucrerie » ou « traditionnel », reste le socle de la production.

Cela ne veut pas dire que l'île ignore l'agricole : certaines distilleries pressent aussi la canne fraîche. Mais l'identité réunionnaise s'est construite sur la mélasse, et sur une pièce maîtresse dont nous reparlerons : le Grand Arôme. Si le sujet vous intrigue, notre article sur le rhum de mélasse détaille cette matière première trop souvent mal-aimée.

L'IGP « Rhum de La Réunion » : ce qu'elle protège

Depuis 2015, le rhum réunionnais bénéficie d'une indication géographique protégée (IGP), homologuée sous les noms « Rhum de La Réunion », « Rhum Réunion » ou « Rhum de l'île de La Réunion ». Une IGP garantit un lien avec le territoire et un cahier des charges, mais elle est moins contraignante qu'une appellation d'origine : la Martinique, elle, possède une AOC depuis 1996, réservée au seul rhum agricole et encadrée bien plus strictement. Deux terroirs, deux philosophies.

Le cahier des charges réunionnais distingue le rhum selon sa matière première et sa fermentation, auxquelles s'ajoutent des mentions liées au vieillissement (blanc, vieux, brun).

Type de rhumMatière premièreCe qu'il faut retenir
Rhum agricoleJus de canne frais uniquementLe plus minoritaire à La Réunion ; profil végétal et vif
Rhum de sucrerieMélasses ou sirops de canneLe cœur historique de l'île ; c'est le rhum « traditionnel »
Rhum Grand ArômeMélasses et vinasses, longue fermentationLa signature réunionnaise, d'une puissance aromatique rare

Retenez surtout ceci : contrairement à une idée reçue, un rhum « de La Réunion » n'est pas forcément agricole. Le plus souvent, c'est un rhum de mélasse, ce qui n'enlève rien à sa finesse.

Trois distilleries, trois histoires

L'île compte aujourd'hui une poignée de distilleries actives, dont trois grandes maisons qui structurent la production.

Isautier, la doyenne (1845)

Fondée en 1845 à Saint-Pierre, dans le sud de l'île, Isautier est la plus ancienne distillerie familiale de La Réunion encore en activité. Ses rhums sont récompensés dès la fin du XIXe siècle. La maison est notamment réputée pour ses rhums arrangés et ses assemblages, et reste un nom incontournable de la table réunionnaise.

Rivière du Mât, le volume et le vieux

En activité depuis 1886, Rivière du Mât est l'une des plus grandes distilleries de l'île par ses volumes. Elle produit aussi bien du rhum traditionnel de mélasse que de l'agricole, et propose une belle gamme de rhums vieux vieillis sous le climat tropical, où l'évaporation (la fameuse « part des anges ») est rapide et intense.

Savanna, la spécialiste du Grand Arôme

Installée à Bois Rouge, du côté de Saint-André, Savanna est très recherchée des amateurs. C'est l'une des rares distilleries au monde à maîtriser à la fois le rhum traditionnel, l'agricole et le Grand Arôme. Ses embouteillages de connaisseurs, souvent bruts de fût, sont recherchés bien au-delà de l'île.

Le Grand Arôme, la fierté réunionnaise

C'est la spécialité qui met La Réunion à part. Le Grand Arôme est un rhum né d'une fermentation très longue des mélasses, enrichie de vinasses (les résidus de distillation), qui laisse se développer une quantité d'esters hors norme, ces composés responsables des arômes de fruits mûrs, de banane, d'olive et de vernis. On parle de plusieurs centaines de grammes d'esters par hectolitre d'alcool pur : un seuil que très peu de rhums atteignent. On est proche, dans l'esprit, des rhums les plus démonstratifs de la Jamaïque et de leur « funk ».

Officiellement, le Grand Arôme reste un rhum destiné aux assemblages, et il a longtemps servi à parfumer d'autres rhums, la pâtisserie ou le tabac. Mais on le déguste de plus en plus pour lui-même, entre passionnés en quête de sensations fortes.

Un Grand Arôme ne se boit pas comme un rhum sage : quelques gouttes suffisent à envahir le verre. C'est un rhum de découverte, à approcher avec curiosité et prudence.

Charrette et le rhum arrangé, l'âme du quotidien

Impossible de parler de La Réunion sans évoquer Charrette. Lancée en 1972 comme marque commune des distilleries de l'île, c'est le rhum blanc populaire par excellence, celui que l'on trouve dans toutes les cuisines créoles. Titrant traditionnellement 49 % vol. (la gamme compte aussi des versions à 40 %), c'est la base historique du rhum arrangé réunionnais.

Car le rhum arrangé, ici, est une véritable institution : on fait macérer dans le rhum blanc des fruits (ananas Victoria, letchi, banane), des épices (vanille Bourbon, cannelle, gingembre) ou des plantes, parfois pendant des mois. Chaque famille a sa recette. Si l'idée vous tente, notre guide du rhum arrangé maison vous donnera de quoi vous lancer.

Comment choisir et déguster un rhum réunionnais

Quelques repères pour ne pas se tromper :

  • Pour découvrir en douceur : un rhum vieux traditionnel (Rivière du Mât, Savanna), rond et boisé, parfait pour une première dégustation pure.
  • Pour le rhum arrangé et les cocktails : un rhum blanc de sucrerie type Charrette, franc et sans fioriture.
  • Pour les curieux avertis : un Grand Arôme de Savanna, à goûter à petites doses, idéalement à côté d'un rhum plus classique pour saisir le contraste.
  • Pour les collectionneurs : les single casks et bruts de fût de Savanna, qui font le bonheur des clubs de dégustation.

Servez ces rhums à température ambiante, dans un verre tulipe qui concentre les arômes, et laissez-les respirer quelques minutes. La Réunion se déguste sans se presser.

Sources : INAO — IGP Rhum de La Réunion ; Rumporter, focus marque Charrette ; Distillerie Isautier.

L'abus d'alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération.

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